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Suspension de l’édition de la revue Territoires

11 janvier 2012
Chers Abonnés,

L’Adels, association qui porte la revue Territoires est confrontée à une situation financière très difficile.

Le conseil d’administration de l’Adels a décidé lundi 12 décembre de déclarer auprès du tribunal de grande instance l’association en état de cessation de paiement afin de sauvegarder les intérêts des salariés et de conserver la possibilité de poursuivre l’activité dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire.

Cette suite pour laquelle nous nous mobilisons ne se fera malheureusement pas sans restructuration et diminution d’effectif au sein de l’équipe.

Cela nous amène à suspendre la parution de Territoires pour quelques mois et à travailler à l’élaboration d’une nouvelle formule dont le rythme et le format (majoritairement Web) seront différents.

Nous suspendons également provisoirement les abonnements à Territoires.

Vous avez la possibilité, bien sûr, de demander le remboursement de votre abonnement au « prorata temporis » des numéros vous étant dus. Vous pouvez également, en ne le faisant pas, soutenir l’effort de restructuration que nous entreprenons pour que l’Adels et Territoires ne disparaissent pas.

Nous vous proposerons dans les semaines à venir de participer à la définition de la nouvelle formule que nous allons être amenés à construire.

Dans l’attente de votre collaboration et l’espoir de continuer notre déjà longue aventure avec vous,

Coopérativement,
Pour le Bureau de l’Adels
Pascal Aubert Président, Directeur de la publication
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La monnaie, nouvel espace de démocratie ?

26 février 2011

La monnaie est à la fois l’outil central et bien souvent l’impensé le plus flagrant des modèles économiques dans lesquels nous organisons notre travail et nos échanges. C’est un réel paradoxe car, contrairement aux lieux communs les plus répandus, la nature d’une monnaie n’est pas neutre, et toutes les monnaies ne se valent pas.

Parce que la monnaie n’est pas qu’un outil technique indifféremment mis au service d’une forme ou d’une autre d’économie, de nombreux économistes ou activistes locaux développent depuis plusieurs décennies l’idée que la monnaie officielle ne saurait être la seule en circulation et que, notamment, les économies locales ont besoin d’un système monétaire plus riche que, par exemple en France, la simple circulation de l’euro. Ainsi sont nées et ont été expérimentées une série de monnaies alternatives, que l’on nomme en fonction de leurs caractéristiques « complémentaires », « fondantes », « sociales », « affectées » ou encore « locales ». Ces expériences ont souvent été des succès en termes de développement, de relocalisation de l’économie, ou de lutte contre l’exclusion. Pourtant, les réticences des acteurs face à cette question de la réappropriation de la monnaie par les citoyens sont nombreux, en partie parce que les monnaies officielles touchent directement à une certaine idée de la souveraineté nationale, voire continentale en ce qui concerne l’euro. Outils séduisants pour soutenir et enrichir l’économie sociale et solidaire, les monnaies complémentaires montrent aujourd’hui des signes de montée en puissance, sans doute parce que l’époque est favorable pour remettre en place les pseudos dogmes de l’économie dominante. Ainsi, du 16 au 18 février 2011, spécialistes et acteurs des monnaies complémentaires se réuniront à Lyon pour faire le point sur ces avancées lors d’un grand colloque international intitulé : « Trente années de monnaies sociales et complémentaires : et après ? » Une journée sera particulièrement réservée aux acteurs locaux de ces systèmes de monnaies complémentaires, en circulation ou en projet, pour impulser un réseau et des coopérations plus poussées qu’actuellement.

Enrichir et circuler au Pays

Reprenons donc à la base ce que sont les monnaies complémentaires, à quels enjeux elles répondent et où en est leur expansion actuelle. Le terme « complémentaire » est le terme générique, qui positionne la monnaie alternative en complément de la monnaie officielle. Il s’agit notamment de montrer que la monnaie créée ne vient pas en concurrence de l’euro, mais combler certains manques du système monétaire officiel. Ainsi, les monnaies officielles peuvent être capitalisées, prêtées avec un taux d’intérêt, et ainsi échapper à l’économie locale : produites par le travail local elles peuvent facilement s’envoler vers des placements plus ou moins lointains et ne quasiment pas circuler dans l’économie réelle, d’où un système monétaire qui tend vers une « rareté » problématique de la monnaie. Beaucoup de personnes, d’entreprises et d’institutions n’ont pas d’accès par le système classique à autant de monnaie qu’ils en auraient besoin pour vivre ou se développer. Pour pallier ce problème, les monnaies complémentaires sont « locales » et souvent « fondantes » : leur utilisation est circonscrite à une ville, une agglomération, une région ; de plus, pour qu’elles ne soient pas accumulées – et donc qu’elles ne perdent pas tout intérêt pour l’économie locale, elles sont dites fondantes, car elles perdent de la valeur au fil des mois, ou a une date limite de validité. Les taux les plus habituels de dépréciation tournent autour de 2 % par semestre. Ce système permet ainsi à ces monnaies complémentaires de tourner beaucoup plus vite que l’euro, et par là de créer beaucoup plus richesses localement. Autre défaut de la monnaie officielle : elle peut servir indifféremment à la rémunération de services à la personne ou au commerce des armes ; elle permet toutes les consommations, responsables ou non. Pour corriger cela, les monnaies complémentaires sont plus ou moins « affectées ». La plus connue des monnaies affectée est le chèque déjeuner : sa valeur est indexée sur l’euro, mais il n’est « affecté » qu’à la seule consommation de denrées alimentaires. De même, les monnaies locales orientent pour la plupart la consommation vers des biens et des services responsables socialement et environnementalement, et porteurs de développement local. Cela est rendu possible par l’entrée sélective d’entreprises ou de commerçants acceptant la nouvelle monnaie. D’autres distinctions existent, notamment parce que les monnaies complémentaires créées dans les pays émergents sont souvent couplées avec des systèmes de micro-crédits, encourageant l’investissement productif, alors que les monnaies européennes sont plus souvent centrées sur le soutien et l’orientation de la consommation. Au final, les monnaies complémentaires recouvrent tout de même plus de 4 000 systèmes à travers le monde, touchant une cinquantaine de pays et environ un million de personnes. Une diversité qui comprend les germes d’une réappropriation citoyenne de l’économie au potentiel gigantesque.

Nicolas Leblanc

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A la rentrée, bat le pavé

6 septembre 2010

C’était sûr, l’été allait se terminer, les écoles ouvrir leurs portes aux scolaires et, à peine les serviettes de plages nettoyées, la revoilà, la France qui revendique et qui proteste… C’est bon. Après un été fort en émotion, en rage contenue, en incapacité collective, revoilà ceux qui disent Non à la politique sécuritaire du Président, puis viennent ceux qui disent Non à la réforme des retraites négociée par Eric Woerth… Ouf ! Oui, ça fait du bien de savoir qu’on n’était pas les seuls à renâcler devant la page politique des (quotidiens ?) nationaux… Une partie de la France a plus peur de la politique de Nicolas Sarkozy qu’on le croyait ou, plutôt, on avait oublié pendant l’été qu’elle était vivante.

Ce mois-ci, Territoires parle un peu des Roms, il fallait bien ça, un peu de l’école, un peu des prisons… Des sujets d’actualité comme on dit dans le jargon des journaleux. Mais, surtout, il y a un dossier qui n’a rien à voir avec l’actualité, enfin rien à voir avec l’actualité politique nationale ! Il traite simplement d’une manière de penser la politique locale par rapport à nos emplois du temps. Ce dossier traite des politiques temporelles, qui font vivre un peu mieux les habitants de certains territoires… Comme quoi, cela arrive qu’on essaie de faire mieux qu’avant, parce que, n’en déplaise aux pessimistes, on peut faire plus que sauver les acquis sociaux, on peut essayer de les accroître… Faut-il encore appliquer des politiques capables de. En attendant, il faut marcher sur ses deux jambes, sur les chemins que nous nous inventons : battre le pavé, ensemble, et inventer demain, sur nos territoires.

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« C’est le côté obscur de la force »

16 août 2010

L’été 2010 restera sans aucun doute ancré dans nos mémoires franchouillardes. Rappelons-nous des bons moments : pétanques de bobos place d’Italie, chenilles endiablées à la fête du camping, pêche à pied botté épuisette à la main et bob sur la tête, canicule pour juilletistes contre pluies d’aoûtiens… Ah !, les vacances, c’était bien quand même ! C’est vrai que cet admirable rassemblement festif en faveur des congés payés qui fait bouchonner les autoroutes du sud au nord de l’Hexagone crache dans l’atmosphère estivale une fumée carbonique pendant que le gouvernement crache par la fenêtre de l’Élysée ses intolérances honteusement banales.

Pas de vacances donc pour les « roms », « tziganes », « gitans », « gens du voyage », « manouches »… Pas de pétanques, pas de chenilles endiablées, encore moins de la pêche à pied, mais des amalgames, de la course-poursuite, du préjugé, de l’ignorance, de la xénophobie même selon l’ONU… La chasse aurait-elle ouvert plus tôt cette année ? Ces méthodes de « démantèlement » des camps sont d’ailleurs vivement dénoncées par les « vigies du mois d’août » et jusque dans les rangs de la majorité. Ça craint!

Cependant, le plus flippant n’est pas qu’un président élu sur un programme sécuritaire joue la carte de la sécurité en ciblant les bons vieux boucs émissaires ancrés dans de vieux préjugés ancestraux, non. C’est que selon un sondage publié dans Le Figaro, début août, la population dans sa majorité, toute tendance politique confondue, serait en accord avec ce type de politique discriminatoire et anticonstitutionnelle. C’est peut-être ça qui fait le plus peur.

Certes, les résultats de ce sondage ont été largement remis en question. Mais, il faut lire pour le croire, les réactions des lecteurs sur les sites internet de différents médias sont éloquentes et souillées de racismes ordinaires. Majorité des Français ou pas le combat doit se mener face à ça. Au fait, pendant ce temps-là, elle en est où l’affaire Bettencourt ?

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C’est déjà ça

29 juin 2010

Tandis que le scandale politique autour d’Éric Woerth enfle logiquement, que le Président demande à ses ministres de payer de leur poche leurs effets personnels, que Didier Porte et Stéphane Guillon se sont pris les portes d’Inter dans la tête, que la marée noire dans le golfe du Mexique s’étend indéniablement, qu’au dernier sommet du G 20 (et on pouvait s’y attendre ) aucun pays n’a remis en cause le pouvoir insatiable du Marché…Et bien, Territoires, comme un humble grain de sable dans le Sahara, est sorti autour d’un dossier mené par des intervenants des Rencontres de la démocratie locale organisées par l’Adels à Grenoble, en mai.

CC Camille Millerand pour Territoires

Loin du buzz internet, mais finalement pas si éloigné de ce besoin indéniable de prise de contrôle citoyen face à des intérêts bien loin des réalités des mondes, ce dossier propose des analyses, des expériences réussies, des moyens…rendus ou créés par des citoyens, des habitants pour reprendre leur place dans le débat démocratique. Et bientôt on espère reprendre place dans les décisions pour ne pas rester spectateurs d’une République en représentation.

C’est déjà ça, aurait peut-être chanté Souchon.

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La QPC en marche

7 juin 2010

Il aura fallu presque soixante-dix ans pour que le Conseil constitutionnel rétablisse le principe d’égalité entre les combattants « indigènes » et les autres, en accordant la même pension à tous… Bravo, mieux vaut tard que jamais ! On peut se réjouir de la nouvelle, car elle prouve que ce combat des militaires d’Afrique, si légitime, n’était pas vain. La République sait faire preuve de sagesse quand les passions se sont éteintes, que l’indignation populaire est plus forte… et qu’elle se contraint elle-même par un outil juridique enfin à la hauteur. Le 28 mai 2010 sera peut-être inscrit dans les livres d’histoire comme la date où l’aberration fut réparée. Tant mieux, d’autant plus car cette réparation vient d’en haut.

La toute nouvelle procédure de la « Question prioritaire de constitutionnalité » (QPC) semble donc fonctionner. Du coup, on apprenait dans la foulée, avec enthousiasme presque, que la procédure de garde-à-vue était arrivée sur le bureau du Conseil constitutionnel, par le biais du Conseil d’État et toujours dans le cadre de cette QPC. Les membres du Conseil Constitutionnel, dotés de compétences juridiques toutes neuves, vont donc devoir maintenant se prononcer sur le cas de la constitutionnalité de la garde-à-vue ; ils vont devoir s’interroger ; notamment pour savoir si cette procédure se réalise dans des conditions de respect des libertés individuelles garanties pas la Constitution ?

On connaît la position de nombreux avocats, ainsi que celle des syndicats de gardiens de la paix. On se rappelle également de l’accroissement vertigineux du nombre de gardes à vue, notamment pour délits routiers, ainsi que la multiplication d’utilisations abusives de cette procédure à des fins de quota ou de « couvertures » juridiques…
Le barreau s’est donc engouffré dans la nouvelle brèche juridique que propose la question prioritaire de constitutionnalité. La QPC continue d’attirer les projecteurs médiatiques sur une procédure policière indéniablement contestable. Les membres du Conseil Constitutionnel auront-ils le brin d’audace pour s’y attaquer, comme ils ont réparé l’injustice des militaires africains ? À suivre…

Sterenn Duigou

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Pour vivre heureux, vivons groupés?

3 mai 2010

L’Adels fête ses cinquante ans. Et Territoires dans tout ça ? Un 500e numéro anniversaire, parce que 500 bougies sur un gâteau, ça en impose, des publications qui s’enchaînent… Et un blog aussi qui reprend un peu de vitalité parce que, malgré les apparences (qui sont souvent trompeuses), la rédaction de Territoires attend avec impatience vos réactions. Parce que le mensuel de la démocratie locale espère bien relancer son courrier des blogueurs et, de nouveau, proposer un espace de débats sur les sujets traitées sur le papier.


Le mois de mai, fête du travail oblige, nous avons décidé de vous proposer un dossier sur l’habitat groupé, composé de contributions de différents universitaires et acteurs qui savent sur quoi ils écrivent…

Alors le logement du futur sera-t-il coopératif ? Permettra-t-il de mettre fin à la pénurie hypocrite, de favoriser des loyers modérées, de casser l’offre privée et rendre plus souple l’offre HLM ?

Va-t-il favoriser de nouveaux espaces de mixité sociale ou au contraire entraîner la formation de « ghettos » de bobos écolos ?

Vous avez peut-être des idées, des réflexions, des expériences à faire partager… c’est donc bien le moment de reprendre vos claviers et de vous exprimer !

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Panache et panachage

16 octobre 2008

On les appelle les « petits » élus. Les élus de campagne.

Ils forment l’écrasante majorité des représentants politiques. Les territoires qu’ils administrent couvrent la majeure partie de la métropole, comme de l’outre-mer. Ils sont le régal de la presse quotidienne régionale, mais franchement incompris par les médias nationaux. Bien sûr, le décalage d’échelle est difficile à traiter, mais fondamentalement il y a surtout une méconnaissance de leurs réalités. En un mot, on les néglige. Et si, par le truchement d’une actualité jugée « insolite » ou « de terroir », on met en avant un maire rural innovateur ou provocant, jamais on ne s’intéresse aux conseillers municipaux. Et pourquoi pas des sous-préfets dans la Nouvelle star ?

Et pourtant, la politique aux champs en est un vaste, champ, d’expérimentations citoyennes. C’est là où les moyens manquent, mais pas les enjeux, où l’ingénierie est réduite, mais pas l’ingéniosité.

L’exemple du mode de scrutin est intéressant. On le juge un peu rapidement archaïque, vu de la ville, avec son panachage folklorique, ses rayures et ses bavures. Mais il pose aussi des questions justes : ne peut-on voter que pour les seuls candidats déclarés ? Est-ce aux équipes en concurrence de fixer et figer l’ordre des élus ?

Les élus ruraux posent aussi avec force la question du statut de l’élu, ses compétences, son rôle dans la société.

Une chose est sûre : alors que l’État fuit, jambes à son cou, les territoires, et entraîne en cascade toutes les aides publiques ; alors que les territoires ruraux connaissent des dynamiques très inégalitaires, positives près des agglomérations et plus difficile loin des centres urbains ; alors que les services publics se rétractent quasiment d’heure en heure, les élus ruraux doivent être conscients d’une évidence : leur premier et naturel atout, c’est leur capacité à mobiliser, non plus les financements extérieurs, mais leur population. La démocratie participative, bien au delà de la simple interconnaissance villageoise, qui est allée longtemps de pair avec la figure de l’élu paternaliste, est leur voie de sortie dans un horizon communal qui se rétrécie d’année en année.

Non ?

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Le grand déménagement du territoire

23 septembre 2008

Dans le numéro 490 de Territoires, un drôle de menu nous est proposé : un menu de déménagement ! Non pas que le rédaction parte au soleil Toulousain ou dans quelque arrière pays enchanteur, nous parlons ici de déménagement forcé, voire improvisé, à grande échelle et fort peu agréable : le grand déménagement du territoire.

Qu’est-ce donc ?

C’est la nouvelle doctrine de l’État en termes d’aménagement : on rationalise, on réforme, on restructure, on modernise ; en bref, on sabre !

Tout passe à la moulinette des économies à faire : de l’armée à la Poste, des hôpitaux à la Banque de France, des DDE aux agences ANPE, tout doit fermer ! C’est une gigantesque course à  l’amaigrissement, une chasse aux sous qui sera bientôt fatale aux sous-préfectures…

Car la doctrine n’est guère pensée territorialement : on prend tout ce qui est petit, et on le coupe. Sauf que tout ce qui est petit à tendance à se concentrer sur les territoires les plus fragiles, le rural ou le périurbain. Au final, une concentration dans les capitales régionales se dessine, mais sans s’annoncer, se dessinant au fur et mesure des coupes sombres annoncées avec un amateurisme à faire pâlir l’administration Bush…

Alors, résumons-nous, quelles sont les coupes en cours (vous trouverez tous les détails dans la revue) ?

Les chambres régionales des comptes, les tribunaux de grande instances, d’instances, de commerce, des prud’hommes, les gares Fret SNCF, les établissements de la Défense, le réseau Banque de France, les agences ANPE et ASSEDIC, les hôpitaux et maternités, les services de l’État en départements, les commissariats et les gendarmeries et bientôt les sous-préfectures.Et on n’oublie pas la Poste, qui modernise son réseau…

Le temps de la Datar est bien derrière nous…

Mais quelle vision peut bien avoir l’État de l’attractivité des territoires ruraux ? Que restera-t-il quand tout sera fermé aux petites villes pour développer l’emploi tertiaire ? Ah oui, j’oubliais : ils pourront toujours attirer des banques d’affaire, elles ont quitté Wall Street…

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Langues régionales : constitutionnalisées ou danyboonisées ?

25 juin 2008

Le feuilleton de la reconnaissance des langues régionales continue. Pour un peu, il va devenir plus riche en rebondissements que les sagas télévisuelles de l’été.
Petit rappel donc, depuis l’article du n°489 de Territoires consacré au sujet.
L’amendement à l’article 1er de la Constitution voté le 22 mai dernier par les députés, ajoute que « Les langues régionales appartiennent à son patrimoine ».
Le 16 juin, les académiciens, dans le rôle du vieux patriarche garant des traditions, demandent tout simplement son retrait, de peur que « l’identité nationale » soit menacée. Ils n’apprécient pas de voir les langues régionales mentionnées dans l’article 1er de la Constitution, alors qu’il n’est question du Français que dans l’article 2. Si le rôle de l’Académie est de veiller à la protection de la langue française, et qu’encourager le plurilinguisme par la reconnaissance des langues régionales est une façon de préserver le Français, cette prise de position défie la logique.

Elle est maintenant confortée par la position du Sénat qui, le 18 juin dernier, a adopté contre l’avis du gouvernement et de la commission des Lois, un amendement supprimant la référence aux langues régionales. Si la majorité du PS, les Verts et quelques UMP ont voté contre, cela n’a pas suffi pour faire pencher le Sénat vers la reconnaissance des langues régionales.

Prochain épisode : le retour du texte à l’Assemblée, avant de passer en commission mixte paritaire. Si certains balaient la question en affirmant qu’« une langue vivante n’a pas besoin d’être constitutionnalisée pour exister », (édito du Monde du 20 juin), vantant les mérites du bientôt mythique film Ch’ti (« Ce film a plus fait pour la langue régionale du Nord que n’importe quelle disposition légale »), il y a de quoi frémir. Heureusement que la survie des langues ne dépend pas seulement de leur inscription dans la Constitution, mais trouve son souffle dans la culture, la pratique, l’enseignement, la recherche. Doit-on pour autant se réjouir si le Ch’ti le plus populaire se rend, succès oblige, dans un prochain épisode en terre marseillaise ?

Qu’en pensez-vous, vous qui, sur les territoires, œuvrez pour maintenir et diffuser les langues et cultures régionales ?

Blanche Caussanel