h1

Service civil… obligatoire ?

17 janvier 2007

Ce billet a pour but de poursuivre le débat sur l’article « Service civil… obligatoire ? » dans Territoires n° 474, janvier 2007.

Le service civil obligatoire a failli faire l’unanimité dans les réseaux d’éducation populaire et d’éducation nouvelle… Les politiques (républicains), à l’exception des chiraquiens, se sont montrés favorables, alors que les voitures ont autant brulé en banlieue en 2006 qu’en 2005… Mais toutes les déclarations d’intention cachent mal le fait que personne n’arrive à expliquer très concrètement comment un tel service civil pourrait être mis en place : qui accueil ? pour quelles taches ? qui contrôle ? qui encadre ? qui finance ? De plus, chacun voit un peu des finalités différentes, difficilement conciliables : former professionnellement les jeunes, les sensibiliser à des valeurs citoyennens, donner un souffle d’air (et des bras) aux milieux associatif et caritatif, voire encadrer une jeunesse un peu trop turbulent, à défaut de pouvoir réclamer trop fort le retour du service militaire…

Dernier épisode en date, les discussions au sein de la plateforme interassociative pour le service civil obligatoire sur la notion même d’obligation… Certains préfèrent « service civil universel » : ce serait un devoir,… mais non obligatoire. Une position intéressante philosophiquement, mais difficile à traduire en politique, surtout à l’échelle d’un projet « pharaonique » comme le service civil obligatoire.

Publicités

4 commentaires

  1. « Civil » ou « civique » ? : les ambiguïtés persistantes des partisans d’un « service »

    L’article « Service civil… obligatoire ? » du numéro de janvier 2007 – nouvelle formule – de la revue Territoires, sous le surtitre « Citoyenneté » est court mais fort intéressant. Il est en effet tout à fait révélateur des ambiguïtés et du flou idéologiques des tenants de l’établissement (rétablissement ?) d’un service civil par ailleurs qualifié à d’autres endroits de civique.

    Ambiguïté car on y sent une grande difficulté pour les porteurs de cette réflexion, élus et associatifs, de bonne volonté pour certains, de s’extraire des représentations issues du temps « béni » du service militaire. Celui-ci a été la règle pendant plus de deux siècles, façonnant les imaginaires et la mémoire collective, imprégnant le vocabulaire : une règle qui est celle de l’impôt de sang. Tout jeune français – mâle – doit un temps de sa vie, devenu rite de passage à l’âge adulte et moment privilégié de transmission de valeurs machistes, pour la défense du pays et la préparation de la guerre. Et cela me parle, moi qui a été objecteur de conscience au milieu des années 70.

    Depuis l’établissement des premières formes de ce service (entre volontaires et conscrits, voir l’histoire complète de ce service http://www.ac-rennes.fr/pedagogie/hist_geo/ResPeda/paix/servicemilitaire.htm) en 1789, un service théoriquement égalitaire (mais unisexe et largement contourné par les fils de bonne famille – 33 % de la classe d’âge échappant au service par divers moyens à la fin du service militaire obligatoire), la notion de service a toujours été liée au service militaire, puis à l’idée de service national au fur et à mesure que se développait les formes civiles de service (service civil des objecteurs de conscience, aide technique, coopération etc.). Mais la référence de l’idée de service en a toujours été l’impôt du sang liée à la défense nationale et à la conscription.

    Cette-ci est supprimée à l’initiative de Jacques Chirac il y a douze ans, la gauche tétanisée encore par l’expérience chilienne et le rôle du contingent lors du putsch des généraux en Algérie, se révélant incapable d’initier une réforme largement plébiscitée par la jeunesse. Depuis, la réflexion sur le service civil est laborieuse. Et pour cause : elle est en permanence parasitée par cette filiation, chacun tentants de trouver des justifications plus ou moins hasardeuses à l’idée de service, oscillant entre apprentissage du civisme, volontariat et élevage civique. Mais, dans aucun pan de la Constitution, des valeurs de la République, ne se trouve la justification avancée dans cet article d’un temps de sa vie accordé en contrepartie de ses droits de citoyen.

    Quant à l’idée de « devoir », appelée à la rescousse, on ne peut qu’être étonné de voir Didier Minot des écoles de citoyen employer lui aussi la rhétorique des « droits et des devoirs », si bien remis à l’ordre du jour comme étendard brandi aux jeunes sauvageons ou aux laissés pour compte de notre société.
    Une autre ambiguïté de la réflexion actuelle, comme par hasard portée par le président de la République, qui envisage un service civil obligatoire après l’évènement de la « crise des banlieue », ce que l’on a en d’autre lieux et dans d’autres bouches nommés « révolte sociale des banlieues ». Le service civil appelé au renfort d’une transmission défaillante des valeurs civiques et donc des vertus du bon citoyen (civisme), voilà qui est plaisant. Surtout si on se réfère à l’étymologie du mot service : « esclavage », ou à ses divers utilisations en des temps noirs : ceux du pétainisme.

    Je donne acte, j’y ai des amis, aux porteurs de bonnes volontés, de leur sincère recherche : mais celle-ci doit chercher une sortie par le haut de cette glue idéologique. Mes amis vont devoir inventer, théoriser les raisons par lesquelles à 18 ou 20 ans, un (une) jeune, ayant par ailleurs aujourd’hui toutes les peines du monde à trouver sa place dans la lutte des générations, devraient à notre société un temps de sa vie en contrepartie de ses droits de citoyens. Sortir par le haut signifierait aller beaucoup plus loin dans la sortie de l’idéologie du « service », en en inventant les mots, pour concevoir, au frais de la collectivité, une possibilité d’action contractualisée dans ce qui est une forme d’exercice de la citoyenneté, de ses droits politiques : la vie associative.

    Sinon, « servir », tous les militants, les altruistes, les engagés… le font, sans obligation, à tous les âges de la vie.

    Jacques Picard


  2. Service civil volontaire ou obligatoire, pour quel profit pour les « heureux » bénéficiaires?
    Nous avons en mémoire les « mouvements d’humeurs » des étudiants « stagiaires ». L’exploitation des jeunes comme ressource a déjà ses acquis et ses victimes.
    Nous avons constaté, en Région Rhône-Alpes la sortie d’un  » Guide du jeune volontaire francophone » (www.reseaujvf.org) et d’un livret « Bénévolons. Carnet de route d’un bénévole » conçu par le Conseil Départemental de la Jeunesse de la Drôme et diffusé par la DDJS de ce Département.
    La caractéristique commune de ces deux outils proposés aux « jeunes bénévoles » réside dans la sobriété des rubriques à remplir pour valider un « engagement ». Pour le « Guide du jeune volontaire francophone » sur 20 pages , une permet l’identification du « volontaire » et en vis-à-vis une seconde l’ identification de l’organisme qui a eu recours aux services du jeune et une définition de la nature et de la durée de l’activité.
    Pour « Bénévolons. Carnet de voyage d’un bénévole »,
    l’organisation du document est similaire mais prévoit un « voyage » dans une succession d’engagements associatifs bénévoles où la rédaction d’appréciation par le jeune « voyageur » est exclue. Donne et tais-toi!
    Par une recherche un peu sérieuse, ce guide et ce livret s’apparente au « Livret de l’ouvrier » qui permettait à la Police sous l’ancien régime de contribuer à la docilité de la force de travail. Un coup de gueule avec son employeur et sa mention sur ce « certificat de moralité » interdisait un nouvel emploi et quelques vexations pour « vagabondage ».
    Il serait heureux que le CNVA et que le CNAJEP émettent des avis sérieux sur « la valeur d’usage » des jeunes dans le monde associatif et l’éducation populaire et à minima que les « services » rendus se traduisent par des « regards croisés » et des écritures contradictoires sur les vécus.
    A défaut d’assurance de la « parole des jeunes » , permise, validée et partagée avec leurs pairs, il faut souhaiter que les Conseils de jeunes rencontrent la démocratie participative en ses territoires, en franchissant les cloisonnements institutionnels, pour qu’ils deviennent (les jeunes) ressource pour leur classe d’âge autant que pour des projets territoriaux
    intergénérationnels.
    La co-élaboration des projets territoriaux ( dont ceux des « Pays » et des Communautés d’Agglomération) nécessite la création d’ Assemblée permanente de l’Education Populaire ( ex: Département de la Meurthe-et-Moselle)ou de Conseil de la Vie Associative ( Aubagne – http://www.afcdrp.com) qui deviendraient garants d’une « Charte de non discrimination et des droits des jeunes » pour que l’exploitation des jeunes trouve des recours.
    La Région Rhône-Alpes vient de s’engager dans l’élaboration d’une telle charte.
    En accord avec le propos de J. Picard, il importe que s’instaure une réciprocité et une expertise croisée du temps donné au bien commun. Les jeunes n’ont pas de dettes particulières sauf celles que nous leur imposerions au titre de leur minorité de représentation.
    Posture et contraintes qui augurent mal d’un respect réciproque entre les générations.
    Réflexion à chaud au sortir du 2éme Séminaire national des politiques locales de la jeunesse, auquel je participais.


    • That’s a wise answer to a tricky qutiosen


  3. Le débat ouvert sur le service civil ou civique obligatoire est empreint de mélange des genres.
    La notion de « service » dû par un citoyen à la nation est « philosophiquement » interressante. Mais dans la pratique beaucoup se défilaient du service national. De plus nous avons vécu les mouvements d’objection de conscience qui, avec légitimité, refusait le service d’embrigadement inclus dans le service militaire. Ne poussons pas l’histoire à bégailler.
    A quoi réponds le débat actuel sur le service civil ?
    A plusieurs constats qui s’entrechoquent.
    Les banlieues s’enflamment et les « jeunes » sont incivilisés. Réponse : encadrement militarisé pour apprendre la discipline et la citoyenneté. Celà est hors de question : l’armée ne doit plus être une école de l’obéissance aveugle et a une fonction de défense.
    Par contre pourquoi l’éducation nationale ne remplit pas (ou plus ?) son rôle de formation à la citoyenneté et au respect des autres ? Comment et pourquoi les associations d’éducation populaire ne sont plus implantées dans les quartiers et auprès des jeunes ? N’y aurait-il pas ici un vrai réservoir d’éducation citoyenne ? Et pour un coût certainement réalisable.
    Une autre approche du service civil est la disponibilité de certaines personnes à aider ses voisins. Là il n’est pas besoin « d’obligations » mais de moyens pour l’indemnisation des volontaires et surtout pour l’encadrement et l’organisation des associations. La nouvelle loi sur le service civil volontaire apporte timidement des réponses. Mais comme c’est long de mettre en place une politique sociale !
    C’est dans ce cadre que peuvent aussi s’inscrire des projets d’envoi de volontaires à l’international, en humanitaire mais aussi en intervention civil de Paix, auprès des sociétés civiles pour la prévention et la résolution des conflits. Agir avant pour éviter les besoins humanitaires, prévenir plutôt que guérir…
    Mais pourquoi limiter le bénéfice de ces service civil au jeune de moins de 25 ans ?
    Le Mouvement pour une Alternative Non-violente propose d’instituer un statut du « volontaire international », ouvert à tous les âges, avec des moyens pour la formation et l’organisation.

    En conclusion les idées d’un « service civil » peuvent être reprise, mais en s’appuyant sur les projets associatifs, avec des moyens aussi conséquent que ceux qui sont sous entendu par les propositions de rendre obligatoire un « service civique »; et avec le développement des notions de « volontariat », « citoyenneté », « associations ». Voilà qui donnerait du dynamisme politique pour les prochaines échéances électorales, et du corps à la démocratie participative au sein des banlieues.



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :