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La monnaie, nouvel espace de démocratie ?

26 février 2011

La monnaie est à la fois l’outil central et bien souvent l’impensé le plus flagrant des modèles économiques dans lesquels nous organisons notre travail et nos échanges. C’est un réel paradoxe car, contrairement aux lieux communs les plus répandus, la nature d’une monnaie n’est pas neutre, et toutes les monnaies ne se valent pas.

Parce que la monnaie n’est pas qu’un outil technique indifféremment mis au service d’une forme ou d’une autre d’économie, de nombreux économistes ou activistes locaux développent depuis plusieurs décennies l’idée que la monnaie officielle ne saurait être la seule en circulation et que, notamment, les économies locales ont besoin d’un système monétaire plus riche que, par exemple en France, la simple circulation de l’euro. Ainsi sont nées et ont été expérimentées une série de monnaies alternatives, que l’on nomme en fonction de leurs caractéristiques « complémentaires », « fondantes », « sociales », « affectées » ou encore « locales ». Ces expériences ont souvent été des succès en termes de développement, de relocalisation de l’économie, ou de lutte contre l’exclusion. Pourtant, les réticences des acteurs face à cette question de la réappropriation de la monnaie par les citoyens sont nombreux, en partie parce que les monnaies officielles touchent directement à une certaine idée de la souveraineté nationale, voire continentale en ce qui concerne l’euro. Outils séduisants pour soutenir et enrichir l’économie sociale et solidaire, les monnaies complémentaires montrent aujourd’hui des signes de montée en puissance, sans doute parce que l’époque est favorable pour remettre en place les pseudos dogmes de l’économie dominante. Ainsi, du 16 au 18 février 2011, spécialistes et acteurs des monnaies complémentaires se réuniront à Lyon pour faire le point sur ces avancées lors d’un grand colloque international intitulé : « Trente années de monnaies sociales et complémentaires : et après ? » Une journée sera particulièrement réservée aux acteurs locaux de ces systèmes de monnaies complémentaires, en circulation ou en projet, pour impulser un réseau et des coopérations plus poussées qu’actuellement.

Enrichir et circuler au Pays

Reprenons donc à la base ce que sont les monnaies complémentaires, à quels enjeux elles répondent et où en est leur expansion actuelle. Le terme « complémentaire » est le terme générique, qui positionne la monnaie alternative en complément de la monnaie officielle. Il s’agit notamment de montrer que la monnaie créée ne vient pas en concurrence de l’euro, mais combler certains manques du système monétaire officiel. Ainsi, les monnaies officielles peuvent être capitalisées, prêtées avec un taux d’intérêt, et ainsi échapper à l’économie locale : produites par le travail local elles peuvent facilement s’envoler vers des placements plus ou moins lointains et ne quasiment pas circuler dans l’économie réelle, d’où un système monétaire qui tend vers une « rareté » problématique de la monnaie. Beaucoup de personnes, d’entreprises et d’institutions n’ont pas d’accès par le système classique à autant de monnaie qu’ils en auraient besoin pour vivre ou se développer. Pour pallier ce problème, les monnaies complémentaires sont « locales » et souvent « fondantes » : leur utilisation est circonscrite à une ville, une agglomération, une région ; de plus, pour qu’elles ne soient pas accumulées – et donc qu’elles ne perdent pas tout intérêt pour l’économie locale, elles sont dites fondantes, car elles perdent de la valeur au fil des mois, ou a une date limite de validité. Les taux les plus habituels de dépréciation tournent autour de 2 % par semestre. Ce système permet ainsi à ces monnaies complémentaires de tourner beaucoup plus vite que l’euro, et par là de créer beaucoup plus richesses localement. Autre défaut de la monnaie officielle : elle peut servir indifféremment à la rémunération de services à la personne ou au commerce des armes ; elle permet toutes les consommations, responsables ou non. Pour corriger cela, les monnaies complémentaires sont plus ou moins « affectées ». La plus connue des monnaies affectée est le chèque déjeuner : sa valeur est indexée sur l’euro, mais il n’est « affecté » qu’à la seule consommation de denrées alimentaires. De même, les monnaies locales orientent pour la plupart la consommation vers des biens et des services responsables socialement et environnementalement, et porteurs de développement local. Cela est rendu possible par l’entrée sélective d’entreprises ou de commerçants acceptant la nouvelle monnaie. D’autres distinctions existent, notamment parce que les monnaies complémentaires créées dans les pays émergents sont souvent couplées avec des systèmes de micro-crédits, encourageant l’investissement productif, alors que les monnaies européennes sont plus souvent centrées sur le soutien et l’orientation de la consommation. Au final, les monnaies complémentaires recouvrent tout de même plus de 4 000 systèmes à travers le monde, touchant une cinquantaine de pays et environ un million de personnes. Une diversité qui comprend les germes d’une réappropriation citoyenne de l’économie au potentiel gigantesque.

Nicolas Leblanc

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2 commentaires

  1. Les tentatives de création de monnaies locales démontrent l’utilité sociale des monnaies complémentaires décrites dans votre article. Elles ne concurrencent pas sérieusement l’euro.

    L’Etat garde farouchement son monopole monétaire. La valeur de cette monnaie monopolistique n’est fondée que sur le cours forcé, c’est à dire sur l’interdiction de toute autre monnaie.

    Aussi l’Etat limite, ou interdit, toute monnaie locale, tout moyen d’échange qui pourrait, en cas de succès, nuire au monopole monétaire.


  2. Votre commentateur affirme que « L’Etat garde farouchement son monopole monétaire » sans préciser qu’il en a perdu la maitrise. Si encore ce monopôle était vraiment dans les mains d’états souverains, chaque nation, avec ces citoyens, discutera du taux d’intérêt et de la base d’emission. Mais, ce n’est pas ainsi : le monopôle étant exercé par des banques privées ou totalement centralisées hors tout responsabilité démocratique, l’état est reduit à agent inférieur d’un racket de protection du capital de monopôle, et c’est la croissance du capital qui est devenu la seule finalité de la vie économique au détriment de toute forme de vie terrestre. Un audit de la dette publique est à entreprendre de toute urgence et sera le premier pas vers une sixième république. Votre soirée islandaise le 26 sept dernier montrait bon exemple de constituant.
    Anton



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