h1

La santé malade du libéralisme et de la consanguinité

24 janvier 2008

C’est drôle comme un système qui ne fonctionne pas ressemble à s’y méprendre à un système qui ne marche pas. Je m’explique : nous avons tous entendu parlé des dysfonctionnements tragicomiques de la planification industrielle de la triste époque soviétique, de ces usines de pneus qui produisaient un chiffre prédéterminé d’unités ne correspondant en rien aux besoin des usines de roues, dont la production même ne coïncidait guère aux objectifs de production de voiture.

Autre temps, autres mœurs, la carte médicale française est construite sur un modèle libéral où la main invisible de l’appétit de gain (mélangé à une dose d’altruisme) de nos bons médecins devrait accoucher d’une répartition harmonieuse et optimale de l’offre de soins sur le territoire national, et néanmoins vaste. Ils s’installent là où on a besoin d’eux, ce qui leur assure une « clientèle », et équilibre leur répartition à la ville, dans les quartiers, à la campagne.

Oui, sauf que non.

ambulance-pontiac-superior-1964.jpg

Car la réalité est loin, loin de cette factice harmonie, et chacun a été amené à un moment de sa vie privée à s’en rendre compte : les périphéries des grandes villes, les territoires ruraux connaissent un déficit d’offre de soins de plus en plus préoccupant, d’autant qu’il n’est guère contré par l’État.

Pourtant, des solutions existent : c’est le cas de l’exercice en groupe des généralistes, pratiqué dans de nombreux pays, mais encore éloigné de la culture libérale de notre médecine. C’est aussi le cas du passage progressif du paiement à l’acte, qui favorise le « choix » de ses patients, voire des pathologies, pour une recherche de « rentabilité » de la part des professionnels qui n’a rien à voir avec une prise en charge globale de la santé d’une population, par des paiements forfaitaires. Là encore, la culture actuelle est très loin de cette réflexion, ce qui a pour conséquence de nous mener dans des impasses, qui devront être traitées cartes sur table aux prochains États généraux de la santé.

Un des problème est sans doute que le milieu médical est composé de pairs qui décident pour eux, entre eux, en se réfugiant derrière la technicité de leur savoir pour refuser de s’ouvrir à des objectifs de société. La place de la société civile dans les politiques de santé est plus que jamais à construire !

Et vous, connaissez-vous des expériences de collectifs citoyens qui ont pu influer sur une politique de santé territoriale ?

Publicités

4 commentaires

  1. Visiblement, vous ignorez tout de la théore à la mode « libérale » qui préconise la restriction de l’offre de soins pour limiter la consommation médicale. Elle engendre une pénurie médicale qui s’ajoute au manque d’attractivité (eh ! oui) de certains territoires.Ainsi, on a tant resserré le « numerus clausus » que le remplacement des départs en retraite n’est plus assuré. Quant à l’idée qu’on « fait » médecine pour se « remplir les poches », vous l’avez rêvé, mais, à part quelques spécialités « dorées » le généraliste du coin touche une rémunération de cadre (même pas sup’)avec des horaires qui n’ont rien à voir avec les 35 heures… Un médecin désabusé.


    • You’ve really helped me undsnetard the issues. Thanks.


  2. Alain Zaslawski a raison pour l’essentiel. Sous le règne de la dictature du capitalisme financier qui veut tirer profit de tout, y compris de la santé et de l’éducation dans ses derniers projets- avec la bénédiction de la droite politique mais aussi de curieux « sociaux-démocrates »- on ne voit pas pourquoi les artisans de la médecine seraient les seuls à perdre leur liberté d’entreprise. Ceci dit, pour éviter le népotisme des uns ou des autres, cela fait des décennies que je plaide pour le maintien de trois secteurs de la médecine: public , associatif et libéral. c’est la garantie pour que les médecins et les malades ne soient pas mis à la merci de patrons ou d’administrations tout-puissants.


  3. Votre commentaire, Nachin, me posent deux questions :

    – De quelle « liberté d’entreprendre » parle-t-on en matière de santé ? L’exercice de la médecine ne relève-t-il pas plus fondamentalement du service public que de la liberté d’entreprendre ? (en ce sens qu’il n’a pas vocation à créer une demande, mais à répondre à des besoins existants). N’est-ce pas le mélange de ces deux genre qui engendre le cafouillage actuel ? (rémunération inapropriée, zones blanches, etc ?) ;

    – Pouvez-vous nous expliquer un peu plus la complémentarité de vos trois secteurs (public, libéral et associatif), ce qui semble fort intéressant ?

    Le débat continue !



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :