h1

Un bilan des élections de mars 2008

7 mai 2008

Dans le numéro de mai de Territoires, Serge Depaquit, vice-président de l’Adels et auteur de Renouveler la démocratie, oui… mais comment ?, tire un bilan des élections locales de mars.

Outre le fait que le mode de scrutin peut faire croire à un basculement massif des collectivités locales à gauche, alors même que les écarts en voix sont bien moins significatifs que les écarts en nombre de sièges, il analyse un phénomène de fond qui touche la gauche et la manière dont elle pense la structure de l’électorat.

Il rappelle combien  » l’hypothèse de la « moyennisation » progressive du corps social  » s’est imposé dans l’imaginaire des hommes politiques. La chose est si vrai qu’elle s’est transformée en adage bien connue des soirées électorales : c’est « au centre » que l’on gagnerait toute élection importante, nul part ailleurs. Mais cette théorie tient-elle encore la route ?

« Ce que l’on désignait comme les classes moyennes », nous explique Serge Depaquit, « aurait envahi la plus grande part du spectre social, jusqu’à en constituer près des deux tiers, un peu moins d’un dixième étant occupé par les couches supérieures, les classes populaires étant réduites à environ 20 % de cet éventail.
La base objective d’une telle analyse résidait dans les effets économiques et sociologiques du boom des Trente glorieuses (1945-1974, environ 4 % de croissance annuelle du PIB). Le sociologue Henri Mendras fut le principal théoricien de cette « seconde révolution française » [La seconde révolution française, Henri Mendras, Gallimard, 1988] et l’allemand Peter Glotz (alors secrétaire général du SPD) rédigea
une analyse de cette « société des deux tiers ». Les conséquences politiques d’une telle interprétation de l’évolution des sociétés modernes furent considérables, notamment au sein de la social-démocratie en ce qui concerne l’analyse électorale. Dans le cours des années 80, nombre de politologues et de responsables politiques ont, à partir de là, formulé une hypothèse : puisque les classes moyennes constituent l’essentiel du corps social, et qu’elles sont relativement unifiées dans leurs aspirations, c’est sur elles qu’il convient d’axer la réflexion politique, d’où la conviction que c’est au centre que se joue une élection ! La conséquence inévitable d’un choix aussi décisif fut l’existence d’un déficit grandissant de la prise en compte des aspirations des couches populaires, victimes des effets de la crise sociale. La réduction en 2002 de l’assise électorale de Lionel Jospin découle, pour une large part, de cet enfermement dans une stratégie politique déjà obsolète.

Ces analyses, qui pouvaient trouver quelques bases dans la société des Trente glorieuses, n’ont plus aucune
pertinence aujourd’hui si l’on réfléchit aux mutations qui ont succédé à la fin de cette période. On doit d’abord constater que les couches populaires, si on ne les réduit pas au simple concept de classe ouvrière, occupent un espace social bien plus large que ces 20 %. Enfin, et c’est une évolution sociologique aux conséquences politiques importantes, les classes moyennes sont aujourd’hui disloquées suite aux effets de la crise socio-économique. C’est en effet un déficit d’avenir qui structure aujourd’hui l’imaginaire social de ces couches moyennes, alors qu’elles étaient anciennement associées aux idées de progrès et d’émancipation. La partie la plus massive en nombre de ces couches sociales n’est certes pas « prolétarisée», mais n’a plus accès aux dynamiques de l’ascenseur social (on peut même parler pour beaucoup de « descenseur » social), seule une partie supérieure mais minoritaire conserve encore une possibilité d’accès aux strates les plus élevées de la hiérarchie sociale. Les conséquences sociales, culturelles et politiques de cette nouvelle donne sont aujourd’hui évidentes. La gauche s’impose plus que jamais dans les grandes villes, mais voit se creuser dans le même temps la prise de distance de l’électorat populaire avec le système de la représentation politique, ce qui, sur la durée, ne peut que pénaliser la gauche.  »

En résumé, à l’heure où les classes « moyennes » ne cessent de réclamer du « pouvoir d’achat », la ringardisation toute jospinienne des classes populaires n’est-elle pas une erreure historique pour les partis de gauche ?

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :