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Tous les « coups » sont-ils permis ?

16 février 2007

De grands panneaux de quatre mètres sur trois ont fleuri sur les murs en ce début février. Rappelant que trois millions de personnes vivent dans des conditions de logement inacceptables pour notre pays, la fondation Abbé Pierre nous exhorte à « ne rien lâcher ». Et pourtant, il semble bien que les grands médias et les figures politiques de premier plan se sont empressés de refermer le dossier « droit au logement » aussi vite et aussi brutalement que l’action des Enfants de Don Quichotte, puis la mort de l’Abbé Pierre l’avait ouvert.
Du 15 décembre à fin janvier, un acteur associatif est né dans les yeux du grand public, l’ex-personnalité préférée des français a définitivement disparue et une loi instaurant un droit au logement opposable a été présentée au Parlement ! Période, pour le moins, embouteillée.

Dans un article du numéro de février de Territoires, « Que restera-t-il de l’hiver 2007? », j’essaye de dresser le bilan de ces 45 jours où les éléments d’une lutte associative et politique de plus de dix ans ont tous été bousculés, pour certains franchement déplacés. Le droit au logement opposable, auquel Jacques Chirac dit s’être converti, est l’exemple même d’une décision symbolique de fin de mandat, un « va-tout social » où le gouvernement joue à la fois gros et très peu.
Très peu, car même annoncée, même votée, la mesure demande encore à être «remplie» pour être effective, par des textes d’application, des moyens financiers, des politiques complémentaires qui sont autant de possibles non-applications à terme du droit au logement opposable. Telle que la loi est faite, et au vu de son ambition, elle n’est encore qu’une promesse, devant témoins, certes, mais qu’une promesse tout de même. Et on sait combien les promesses politiques sont fragiles…

Mais le débat que je souhaitais ouvrir avec vous (sans refermer forcément celui sur le droit au logement opposable !) est plus secondaire, voire anecdotique par rapport aux urgences et aux drames que recouvre la crise du logement. Il s’agit de l’évolution des formes d’action du mouvement social (un jour, nous pourrons approfondir les termes de mouvement social et de société civile…). Dans une interview complétant l’article cité plus haut, Jérôme Guillet, animateur de l’association Matières prises, décrit les tentes rouges des Enfants de Don Quichotte comme une forme d’action de filiation plutôt anglo-saxonne, proche de ce que peuvent faire Act-up ou Greenpeace, où l’irruption dans le débat public se fait grâce à une « manipulation » du fonctionnement de la sphère médiatique moderne. Et Jérôme Guillet d’appeler le mouvement social à se repencher sérieusement sur ses modes d’action, où la routine l’emporte souvent sur l’innovation et la recherche de l’efficacité.

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Il est vrai que cette question des leviers d’action reste douloureuse dans les pays où l’insurrection armée n’est plus à l’ordre du jour. Et le cas français, dont l’histoire a été riche en défilés de fourches, coups de feux et jetés de pavé, est particulièrement intéressant. Pour ne parler que d’une période récente, on a vu sous l’ère Raffarin que l’énergie d’un mouvement national mobilisant un million de personnes dans les rues contre la réforme des retraites pouvait se révéler particulièrement… inefficace. Le conflit des intermittents, alliant grèves, soutiens médiatiques, interventions impromptues n’a pas non plus su débouché sur une victoire.

Si on accepte l’idée que la concertation institutionnelle, dans les deux exemples évoqués, a également échouée, ainsi que toutes les tentatives de médiations, de quelques composantes que ce soit de la société, on en conclu, soit que le gouvernement Raffarin était particulièrement autiste et fausse les données du problème par son côté exceptionnel, soit que l’architecture même du pouvoir centralisé et concentré français fait barrage à toute forme d’enrichissement de la sphère politique par la sphère civique. D’où l’importance de retravailler à la fois en profondeur les équilibres des trois sphères de la société (la triarticulation sociale de Nicanor Perlas) : économique, politique et civique (ou culturelle) ; et en « attendant » ce rééquilibrage, de remettre sur le métier les réflexions sur les modes d’action du mouvement social.

Mais est-ce un chantier qui vous intéresse ?

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One comment

  1. Un article sur le site ecrans.fr de Libération sur des artivistes hight-tech qui posent à leur manière (décoiffante) la question du débat dans la rue…

    http://ecrans.fr/spip.php?article987



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